U N I C I T E
Dans la doctrine de l’Eglise catholique, l’âme humaine n’est pas émanée de Dieu, mais créée par Lui. De sa
nature propre, elle n’a rien de divin puisque, précisément, Dieu l’a créée de rien. Mais si l’épreuve terrestre lui est
favorable, l’âme est destinée à participer à la vie divine. Il s’agit d’une participation sans perte d’identité. Même au
sommet de la béatitude, l’âme ne se confond jamais avec la substance spirituelle de Dieu. Il pourra y avoir infusion de
Dieu en elle ; il n’y aura jamais confusion avec Dieu.
Pour les gnostiques, et spécialement Martinez de Pasqually que nous résumons ici, tous les êtres de
l’univers sont émanés de la Divinité par un écoulement de sa propre substance. L’âme humaine, en particulier,
appartient aux esprits émanés. Elle est donc divine dans sa nature. Toutes les âmes ont été formées en même temps et
elles attendent, dans le séjour céleste, d’être, les unes après les autres, unies à un corps au fur et à mesure des besoins.
Avant d’être emprisonnée dans un corps matériel, l’âme a mené une vie « surcéleste ». Après la mort de ce corps, elle est
normalement destinée à la réintégration, c’est-à-dire au recouvrement de cette vie céleste.
La mystique de M. de Pasqually découle logiquement des principes de la GNOSE. La gnose, telle qu’elle est
exposée dans son Traité de la Réintégration, n’est pas une doctrine de « comportement » mais une doctrine de
« connaissance ». Qu’est-ce à dire ? Le monde terrestre est dû à l’ignorance du démiurge et de la Sophia qui en sont les
créateurs et c’est pourquoi il est mauvais. On ne se libère pas de ce monde mauvais par un « comportement » quel qu’il
soit. On s’en libère en faisant cesser l’ignorance qui est la cause du mal. Ce qu’il faut, c’est compenser l’ignorance
originelle par la connaissance. Et comment obtient-on la connaissance ? Par l’intuition mystique, c’est-à-dire par le
contact direct de l’âme avec le monde transcendant. Ce « contact direct » se fera par « l’initiation » soit dans les
confréries, soit dans les loges. Telle est, avec des variantes, la position de tous les gnostiques et telle est aussi la base
de la mystique martiniste qui sera reprise par René Guénon. D’ailleurs René Guénon ne parle pas de création, mais de
Manifestation, selon un processus de type émanatiste. Pourquoi ? parce que René Guenon, le père des gnostiques est
panthéiste. Ce qui est conforme au Coran, S. 4, 1 « O hommes ! prémunissez-vous envers votre Seigneur qui vous a créés
d’une âme unique » (Traduction de Jacques Berque)
« Toute chose est une partie de Dieu, ainsi Dieu est tout. En créant tout, il se crée lui-même sans jamais s’arrêter ; car
son activité n’a pas de terme, et de même que Dieu est sans bornes, sa création n’a ni commencement ni fin. » Mgr
Meurin - La Franc-maçonnerie. p. 105 - Ed. Delacroix.
« Lui, Dieu est UN ! » S. 112 ; Toute la théologie de l’Islam est centrée sur cette UNICITE d’Allah. Pour l’exégèse
ésotérique, « L’Islam, c’est l’extinction en Dieu, la remise de sa face (de son identité essentielle) à Lui. » p. 147 – Les
Commentaires ésotériques du Coran d’après al Qâshânî par Pierre Leroy. Ed. Les deux Océans- Paris.
Cet auteur a le mérite d’avoir bien compris que « Dieu n’est autre que l’UN absolu ; sinon il y aurait en fonction
de chacun de ses Noms une divinité différente, et ainsi une pluralité de divinités – ‘Gloire à Lui. Il est
éminemment élevé au-dessus de ce que disent les injustes’ » (S. 17, 43). » ibid. p. 143
Il est donc logique que Jésus ne puisse être autre chose qu’un prophète puisque si Jésus est Dieu, l’unicité
de Dieu suivant la théologie islamique est rompue.
[« Ô Gens du Livre, (…) ne dites pas ‘Trois’ » S. 4, 171, en ajoutant la Vie et la Science à l’Essence, car la divinité
serait trois choses. Jésus serait alors (selon cette hypothèse) une partie de sa Vie par insufflation ; ou par division en
Dieu Lui-même, entre le monde de la lumière et le monde des ténèbres, Jésus étant alors engendré par sa lumière. »
ibid. p. 142
[Si l’on considère le Tout en tant que Tout, « Jésus disparaît en Lui et existe par son Existence, vit par sa Vie, sait
par sa Science. C’est cette unité essentielle qui est exprimée par sa Parole : Dieu est unique, gloire à Lui : nous nions
qu’il existe autre chose que Lui, engendré par Lui, qui en soit distinct comme en Lui étant semblable du fait qu’il
serait existant comme Lui. Au contraire, c’est Lui le (seul) Existant, du fait qu’il est l’Existence. »°
Il est curieux de rattacher cette Unicité de Dieu aux Sabéens dont parle le Coran. Voici en quoi consiste
leur doctrine :
« Ils admettaient sur la diffusion ou l’émanation de l’esprit divin à travers les planètes, la doctrine générale des néo-
platoniciens et lui donnaient une forme religieuse. Pour eux l’ensemble du monde était animé. La vie et l’intelligence
découlaient d’une cause première une et inconnaissable, descendant par degrés dans les sphères célestes qu’elles
mettaient en mouvement selon leur ordre et arrivaient jusqu’au monde sublunaire, c’est-à-dire jusqu’à nous. Les
sphères célestes avaient des intelligences et des âmes intermédiaires entre Dieu et nous. Le but du culte était de se
mettre en relation avec ces intelligences astrales et de remonter par elles vers la divinité. »