L’INCARNATION
Arrêtons-nous un instant sur le mystère de l’Incarnation. Le
Père Georges HABRA a traité ce sujet dans
ses
ouvrages. Nous lui emprunterons les pages 27 et sq de son livre : La
Transfiguration selon les Pères grecs.
« Un des plus grands avantages de l’Incarnation, c’est que le
Fils de Dieu est descendu à la mesure de
l’homme.
En effet, par le péché de nos premiers parents, nous nous étions détournés de la
contemplation des choses
divines
pour nous convertir vers les choses sensibles, cette beauté sensible, au lieu de
servir justement de tremplin pour
nous
élever vers la Beauté divine, nous a séduits, et est devenue pour nous le Bien
par excellence, ce qui est la
définition même de l’idolâtrie. Comme le dit St Athanase, « les hommes,
négligeant les choses excellentes, et devenant
paresseux par rapport à leur appréhension, recherchèrent plutôt celles qui leur
étaient plus proches. Or leur était plus
proche
le corps et ses sensations. C’est pourquoi, éloignant leur esprit des choses
intelligibles, et se pensant eux-mêmes,
prenant
en échange le corps et les autres choses sensibles, et comme séduits par ce qui
leur était propre, ils tombèrent
dans la
convoitise de leur propre être, davantage honorant leurs choses propres que la
contemplation des choses divines. »
Ici l’on voit la sagesse infinie de Dieu, dans la façon dont il
s’insère dans la vie des hommes. Car un des
buts
primordiaux de l’Incarnation sera justement que Dieu, en tant qu’homme, attire à
lui le regard des hommes, et par
la
transcendance et l’unicité de sa beauté morale ainsi que par les prodiges, élève
lentement leur esprit vers la divinité
cachée
dans ce corps. « Car une fois l’intelligence déchue vers les choses sensibles,
le Logos s’abaissa pour paraître par
un
corps, afin de ramener vers Lui comme homme les hommes, et d’incliner leurs sens
vers Lui, et du reste les persuader
par les
actes qu’Il faisait, eux qui Le voyaient comme homme, qu’Il n’était pas
uniquement homme, mais Dieu aussi, et
le Logos
et la Sagesse du Dieu véritable. »
Pour cela, il fallait qu’Il se vidât de la gloire de sa
divinité. « Tout eût péri, dit magnifiquement St Jean
Chrysostome, s’Il était venu dans sa divinité nue. Les montagnes n’eussent pu Le
soutenir, parce qu’Il regarde la terre
et la
fait trembler, Il touche les montagnes et elles fument. S’Il avait montré sons
essence nue, le soleil se fut éteint,
la lune
anéantie, la mer desséchée, la terre eût péri, notre nature eût été déliée.
C’est pourquoi Il s’est enveloppé d’une
chair,
venant doucement et sans fracas. » « Car si Vous ne Vous étiez pas dissimulé
Vous-même, enveloppant par la
forme de
l’esclave le rayonnement non tempéré de la divinité, qui eût résisté à votre
apparition ? Car nul ne verra la
face du
Seigneur et vivra. Vous êtes donc venu, ô Beau, mais devenant tel que nous
pouvons contenir : Vous êtes venu,
dissimulant les rayons de la divinité par l’enveloppe du corps. En effet,
comment la nature mortelle et périssable eût-
elle été
capable d’être harmonisée avec l’union à ce qui est pur et accessible, si
l’ombre du corps n’avait agi comme
intermédiaire entre la lumière et nous qui vivons dans les ténèbres ? »
Cette
idée est très chère aussi à Grégoire de Naziance, on peut glaner une multitude
de passages chez lui qui
l’illustrent, contentons-nous de celui-ci, extrêmement suggestif :
« S’Il
était resté dans ses hauteurs propres, s’Il n’avait pas condescendu à notre
faiblesse, s’Il était resté ce
qu’Il
était, se maintenant inaccessible et insaisissable, peu peut-être L’eussent
suivi, je ne sais même si peu,
peut-être le seul Moïse, et lui jusqu’à voir à peine le dos de Dieu : car il
pénétra à travers la nuée, devenu en
dehors
de la pesanteur du corps, ou s’étant replié des sensations. Mais comment eût-il
pu voir, étant corps et
regardant avec des yeux corporels, la subtilité de Dieu ou son incorporéité, ou
je ne sais comment l’appeler ? Mais
parce
qu’Il se vide à cause de nous, parce qu’Il descend - j’appelle ‘kénose’ comme un
relâchement et une
diminution de la gloire - c’est pour cela qu’Il devient accessible. »
St
Grégoire aime employer, à propos de la « chair » (au sens d’ «humanité » du
Christ) le mot « tenture » : la chair
sert à
camoufler la divinité, car le Fils de Dieu n’est pas venu pour nous éblouir et
terrasser par l’éclat de sa
divinité
pure, mais condescendre jusqu’à l’extrême limite de notre faiblesse. »
Concluons avec St augustin :
Dieu s’est fait homme pour que
l’homme devienne Dieu.