LES APOCRYPHES DANS LE CORAN
L’apport des écrits chrétiens
apocryphes est très important dans le Coran, spécialement pour les versets
parlant de Jésus et de Marie.
Comme l’écrit le P. Jacques
Jomier dans son étude « Un chrétien lit le Coran. », page 55 – Cahier Evangile
N° 48,
éditions du Cerf - :
« Sur l’enfance de Marie, le
Coran adopte la ligne du Proto-évangile de Jacques. »
Ce proto-évangile date du
II°siècle, vers 130-140 après J.C. Le plus ancien texte connu, le papyrus Bodmer
5,
porte le titre :
« Nativité de Marie, Révélation
de Jacques. »
Il a exercé une influence
considérable sur l’iconographie : rencontre de Sainte Anne et de Saint Joachim,
parents de la
Vierge Marie, naissance de
Marie, présentation au Temple, mariage de la Vierge, etc…et sur la liturgie :
fête de la
Présentation de la sainte Vierge
au Temple. (21 novembre)
Exemple : S.
3,
37 : « Chaque fois que Zacharie allait la voir dans
le Temple, il trouvait auprès d’elle la
nourriture
nécessaire et lui demandait :
‘O Marie ! D’où cela te
vient-il ?’ Elle répondait : ‘Cela vient de Dieu ; Dieu donne sa subsistance à
qui il veut
sans compter’ »
se réfère au ch. VIII du
Proto-évangile : « La main d’un ange la nourrissait. » et au ch. XIII : « Toi
qui fus élevée
dans le Saint des Saints, et qui
fus nourrie de la main d’un ange. » (D. Rops - Cerf - 1952, p. 53 et 57)
S.
3,
44 : « Tu n’étais pas parmi eux lorsqu’ils jetaient
leurs roseaux pour savoir qui d’entre eux se
chargerait de Marie. » fait allusion au tirage au sort dont parle le
proto-évangile de Jacques aux ch. VIII et IX.
Dans le Coran,
S. 19,
23-26, l’épisode du palmier et de la source est une réminiscence de l’Evangile
du
pseudo-Matthieu, ch. VI,
remaniement du proto-évangile de Jacques qui remonte au VI° siècle après J.C.
Coran, S.
3,
49 : Jésus donne la vie à un oiseau formé de glaive, comme dans l’Evangile arabe
de l’Enfance
(XXVI, 2), qui date de la fin du
VI° ou VII° siècle. Le passage peut également avoir été emprunté à l’Evangile du
pseudo-Matthieu.
Surtout,
l’Evangile selon les Hébreux (ou des Nazaréens) redécouvert par St Jérôme,
assimile Marie au
Saint-Esprit.- (France Quéré,
Evangiles apocryphes, éd. du Seuil, coll. Points Sagesse, 1983, p. 55) – dans un
verset
cité par Origène (Sur
Jean, II, 6), ce que le Coran reproche aux chrétiens :
« O
Jésus, fils de Marie, est-ce toi qui as dit aux hommes : ‘Prenez-nous, moi et ma
mère, comme deux divinités en
dessous d’Allah.’ » S. 5,
116
LES EBIONITES.
L’Evangile des Ebionites écrit grec de la première moitié du II° siècle, nie la
divinité de
Jésus-Christ.: « Apparut un
homme du nom de Jésus. » (cité par St Epiphane, Hérésies, 30,13,1622).
Le Cardinal Jean
Danielou dans : « L’Eglise des premiers temps. Ed. du Seuil 1985) nous apprend
que les
ébionites devenus « Les Pauvres
de Jérusalem. » survivaient en Transjordanie après la prise de Jérusalem en 70.
Ces
‘Pauvres’ vivaient donc sur le
passage des caravanes entre l’Arabie et la Syrie.
Or, le Coran nie la crucifixion de Jésus sur la
croix. S. 4,
157.
Dans le
commentaire de ce verset, Si Hamza Boubaker indique que l’on peut littéralement
comprendre à la
place de ‘fut assimilé’
« quelqu’un fut rendu semblable à Jésus et livré aux Juifs à la place de
Jésus. », ou
encore : « Les juifs
appréhendèrent et tuèrent quelqu’un qui lui ressemblait à s’y méprendre. » (Le
Coran, traduit et
commenté par Si Hamza Boubakeur,
Ed. Fayard-Denoël, 1972, tome I, p. 205)
C’est exactement
la doctrine du gnostique Basilide. « Le Christ ne
souffrit pas lui-même la Passion, mais
un
certain Simon de Cyrène fut réquisitionné et porta sa croix à sa place. Et c’est
ce Simon qui, par ignorance et
erreur, fut crucifié, après avoir été métamorphosé par lui pour qu’on le prît
pour Jésus…Si quelqu’un confesse le
crucifié, dit Basilide, il est encore esclave et sous la domination de ceux qui
ont fait les corps (les Anges qui ont fait le
ciel
inférieur, celui que nous voyons.) ; mais celui qui le renie est libéré de leur
emprise et connaît l’‘économie’ du Père
inengendré. » St Irénée de Lyon. « Contre les Hérésies » traduction de
Dom Adelin Rousseau, Ed. du Cerf, 1985, 1, 24,
4. p. 111-112).
La négation de
la crucifixion de Jésus-Christ (S. 4,
157) était déjà le fait de l’hérésie docète. Le ‘Nouveau
Larousse illustré’ indique au
mot : docétisme : « Le
docétisme était le fond des doctrines gnostiques…Le corps du
Messie n’était pour les gnostiques
qu’une sorte de fantôme…Le docétisme reparut au VI° siècle chez plusieurs
monophysites. C’est par cette voie
qu’il s’est glissé dans le Coran. »
Enfin les
apocryphes syriens « Le Trésor », le récit de Barhadh Bechabba Arbaya ainsi que
le « conflit
d’Adam et Eve avec Satan »
(éthiopien) décrivent la chute des mauvais anges comme dans le Coran, S.
17,
61-65 – 15,
32-33 –
38,
75-76 : Satan ou Iblis aurait refusé de se prosterner devant Adam.
Voir également le « Livre des Jubilés » qui raconte l’histoire de Satan le
lapidé et les remontrances d’Abraham à
son père Térah, comme l’explique Siderski dans ses « Origines des légendes
musulmanes dans le Coran. » Ce ‘Livre
des Jubilés’ appartenait à la littérature ébionite On en a retrouvé des extraits
à Qumran.